Dans la foulée de l’abolition des privilèges, l’Assemblée nationale nouvellement constituée proclama la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui dispose notamment, en son 6ème article : « Tous les Citoyens étant égaux aux yeux de la loi, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. »

Cette évocation historique peut paraître banale, tant elle est connue de chacun d’entre nous. Chaque citoyen est en effet censé connaître la Déclaration des droits de l’Homme de 1789, qui est affichée dans les écoles et fait partie du préambule de la Constitution de la République.

La stupéfaction que l’on ressent face à l’accession prochaine de Jean Sarkozy à la présidence de l’Etablissement public de la Défense (EPAD), n’en est que plus immense. Comment le chef de l’Etat peut-il imaginer une seconde que les Français ne verront que du feu à la nomination de son fils de 23 ans, qui n’a même pas achevé sa deuxième année de droit, à un poste stratégique qu’il a lui-même occupé lorsqu’il était président du Conseil général des Hauts-de-Seine ? Comment peut-il imaginer que nos concitoyens seront dupes de ce tour de passe-passe qui, disons-le franchement, sent à plein nez un népotisme digne de l’ancien régime le plus archaïque ? Qui peut d’ailleurs croire que c’est le fils qui gérera les autorisations de construire et non le père ? Or, ce dernier peut-il raisonnablement devenir promoteur immobilier du premier quartier d’affaires européen, sans scier la branche sur laquelle il est assis ? Et que penser, enfin, de la ribambelle de courtisans qui se relaient sans cesse pour, sans rire, justifier cette nomination par le seul « talent » du fils cadet de l’hôte de l’Elysée ? A qui donc fera-t-on croire que l’ascension fulgurante du « fils de » n’a rien à voir avec son nom ? Mais de qui se moque-t-on ?

Il est impossible que Nicolas Sarkozy et ses conseillers n’aient pas vu l’énormité du scandale qu’ils ont eux-mêmes décidé de provoquer. On est donc obligé de constater qu’ils l’assument totalement, comme s’il était naturel que le président de la République, en vertu d’on ne sait quel principe d’hérédité, confie des charges publiques considérables à sa progéniture. Ce n’est plus la République française, c’est la République des offices, ainsi rétablis plus de deux siècles après leur abrogation !

Cette affaire va sans doute soulever une tempête d’indignation dont le président sera bien forcé de tenir compte. Quelle qu’en soit, d’ailleurs, l’issue, on ne peut qu’être inquiet de la légèreté ou du cynisme qui habitent les plus hautes sphères du pouvoir. Comme si la France et les Français n’en avaient pas assez avec la montée du chômage, le retour de l’insécurité, la multiplication des taxes en temps de crise et la cascade de polémiques qui ne cessent de polluer le débat public !

Oui, décidément, il est grand temps que chacun ouvre les yeux et se ressaisisse…